Maurice BOURGES-MAUNOURY, Ministre de l'Intérieur: le discours du pont de BUZET

Image extraite de l'ouvrage de Marc ROUQUIE: TRENTE ANS D'HISTOIRE D4UN VILLAGE OCCITAN. BUZET-SUR-TARN.

Ainsi s'exprimait, à BUZET, le Président du conseil, équivalent, aujourd'hui, du Premier ministre:

« Je suis venu par avion et j’ai pu constater que dans notre région, les ponts sont beaucoup plus près l’un de l’autre que dans d’autres endroits.
Je me disais : un pont c’est d’abord une œuvre humaine qui coûte cher, mais ne demande plus cet ancien droit de péage aboli par la République. C’est une œuvre qui dure parfois des centaines d’années et apporte des satisfactions à ceux qui l’ont construite, ouvriers, ingénieurs, poètes des temps modernes et à ceux qui s’en servent ; et je veux remercier tous ceux qui ont contribué à son érection, M. le Maire de Buzet, dont l’action a permis l’accélération du travail, et l’entreprise dont la collaboration avec les Ponts et Chaussées s’est avérée si efficace.
Mais c’est aussi un symbole, une voie jetée à travers l’espace, qui réunit les départements et encore les mondes entre eux.
Nous avons besoin de ponts entre les mondes différents, de l’Est et de l’Ouest, entre les races et les religions et je pense à l’Islam et à la France dont les civilisations profondes doivent se comprendre.
Les ponts sont nécessaires aussi entre les hommes d’un même pays afin d’établir un lien permanent qui réunit les différentes couches sociales, ceux qui dirigent et ceux qui contribuent, les intellectuels et les travailleurs manuels, les paysans et les ouvriers.
Et il faut espérer que la science atomique, après avoir été un objet de terreur, deviendra un prodigieux moyen technique grâce à la bonne volonté des peuples et aussi des gouvernants.
Nous sommes à un siècle où personne n’a le droit d’imposer sa loi au voisin. Les hommes d’action ne sont plus les potentats d’autrefois, mais ceux qui savent expliquer au voisin leurs raisons d’agir et communiquer leur enthousiasme et leur foi.
Voilà bien des réflexions au sujet de votre nouveau pont.
Puissions-nous, dans l’avenir, lancer par-qdessus les incompréhensions, les haines et les appétits, toutes les passerelles que l’humanité réclame.
Cette vallée du Tarn est une vallée heureuse d’échange et d’économie. Je garde de la cérémonie d’aujourd’hui un plaisir précieux au milieu des difficultés multiples. »