Le bilan de Théodore PARLANGE, Maire de BUZET et de... BUZET-sur-TARN

BUZET-sur-TARN: La Poste.

Maire du chemin de fer et de la gare à BUZET, Théodore PARLANGE l’est de bien d’autres choses. Plus « long » maire, à ce jour, de la Commune, puisqu’il exerça ces fonctions quarante ans (entre 1860 et 1863, puis entre 1871 et 1908), il est le Maire de la Révolution industrielle à BUZET, le Maire du progrès, en plus d’être habile politicien quand, par exemple, il conserve d’excellentes relations avec le clergé, en des temps pourtant où soufflait un vent de réformes « laïcardes » ou quand il applique « des droits de pesage très acceptable, raconte Marc ROUQUIE, avec gratuité pour les légumes, le lait, les fromages et le pain »..
On doit encore à PARLANGE, par exemple, la création du bureau de Poste, inauguré en 1881, un bureau, d’ailleurs, ouvert dès cinq heures du matin et ce jusqu’à dix-neuf heures et qui, bientôt, accueillerait un bureau des recettes et le télégraphe Ce que Théodore PARLANGE n’avait pas prévu, et qu’on lui doit indirectement, c’est le nom complet de notre village. En effet, et comme le précise Marc ROUQUIE :
« Pour éviter les homonymies entre plusieurs appellations du village de « BUZET », sur le territoire français, le directeur général des Postes demanda au directeur de la HAUTE-GARONNE de lui chercher un « surnom » ou un « complément distinctif ». Sur propositions de plusieurs fonctionnaires de cette administration, il fut proposé et admis les mots « sur TARN, malgré les réticences de certains, soulevées au cours d’une séance du conseil municipal, prétextant que notre localité se trouvait sur le département de la HAUTE-GARONNE et non du Département voisin « le TARN ». D’après leurs dires, cela pouvait provoquer des confusions de lieu. La direction des Postes dut passer outre cette remarque et officialisa notre appellation ».
Entre autres réalisations portées par Théodore PARLANGE, signalons encore l’installation de la Bascule, en 1881, pour peser les céréales, entre autres, et du « chalet » qui l’accompagne, en 1882, la pose d’une pompe à incendie aux LUQUETS, la construction de la halle avec Mairie, les premiers tout-à-l’égoût, l’éclairage au gaz des rues du village ou l’autorisation des premières démonstrations du cinématographe, dans la salle de bal. Notons, pour conclure, que Théodore PARLANGE eut affaire à l’une des pires crises agricoles de la fin du XIXème siècle quand le phylloxéra toucha les vignes, au début des années 1870, et ruina bon nombre de producteurs ; ce désespoir fut bientôt porteur de violence, les propriétaires atteints s’organisant même en milices armées pour réclamer des dédommagements au Gouvernement.. C’est de cette époque que date la fin de la vigne à BUZET, avant quelques ultimes petites « secousses » du mourant.

Les "deux écoles"

 

C’est à Théodore PARLANGE, également, qu’on doit la construction d’une école de garçons à BUZET, inaugurée en 1864 dans l’actuelle Mairie, puis, dix ans plus tard, d’une école de filles. Sa sagesse l’a toujours préservé des querelles qui vont bientôt opposer partisans de l’école laïque et ceux de l’école confessionnelle. En effet, les mandats de PARLANGE vont coïncider avec le zénith de la querelle scolaire, déclenchée par Jules FERRY, qui commence, en 1880, par décréter gratuit l’enseignement primaire, avant de le rendre laïque deux ans plus tard. La réaction catholique ne se fait pas attendre : fleurissent sur le sol français des écoles religieuses, dont évidemment une à BUZET, et les populations se scindent dans leurs soutiens. La scission atteindra son paroxysme quand l’Etat, en 1905, sous l’impulsion d’Emile COMBES, va généraliser la laïcité par la loi dite de « séparation ». PARLANGE parviendra à éviter tous les pièges électoraux liés à cette affaire, et notamment celui qui consistait à expliquer pourquoi, désormais, la Commune ne subventionnerait plus les cultes. Le curé tendra aussi un piège à PARLANGE quand il l’invitera, le 4 juin 1890, à l’inauguration officielle de l’ « école libre de BUZET », située tout près de la Mairie, alors à la halle aux grains, et qu’en cette occasion le Vicaire de l’Archevêché de TOULOUSE brandira la menace d’excommunication contre tous les politiques qui avaient osé bafouer « la religion ».

La querelle se « tassera » pendant et après la Première Guerre mondiale, le conflit provoquant un rapprochement des familles dans les nombreux deuils qui les frapperont et rognant le budget de certaines, incapables dès lors de payer pour l’éducation de leurs enfants, provoquant ainsi, à terme, la fermeture de l’ « école libre ».

 

Pour plus de précisions sur ce que pouvait être la « vieille école » de BUZET, cliquez sur le lien souligné.

La "vieille" école de BUZET, école de garçons, située dans les locaux de l'actuelle Mairie.

Charles MOLINIER, une machine à tanner révolutionnaire et les « Faucheuses Eclair »

Charles MOLINIER. Image extraite de l'ouvrage de Marc ROUQUIE: TRENTE ANS D'HISTOIRE D'UN VILLAGE OCCITAN. BUZET-SUR-TARN.

           Fasciné par le progrès technique, par les entrepreneurs, Théodore PARLANGE n’en est pas pour autant aveuglé, notamment par ces derniers. Ainsi, lui et une partie de son Conseil ne soutiennent pas la famille MOLINIER, de BUZET, dans ses « entreprises », en un premier temps, avant de se réjouir des progrès suscités par le fils de famille, Charles..

            Un jour, des hommes eurent l’idée de se vêtir. C’est qu’il s’agissait de se protéger, et d’abord, sans doute, dans ses parties intimes, avant les pieds, partie des plus sollicitées. A la longue cependant, pourrissaient les peaux de bêtes utilisées. D’autres hommes alors réfléchirent à des techniques de … protection de ces protections. Bientôt, cuirs et fourrures allaient naître de l’imagination d’homo sapiens. Et voici ce qu’est le tannage : l’action de transformer les peaux de bêtes en cuirs et en fourrures, pour fabriquer habits et souliers. Tanner en effet, c’est faire d’une peau crue et putrescible quelque chose de souple, imperméable, imputrescible, grâce à des écorces d’arbres riches en tanins (chênes, bouleaux, châtaigners par exemples) ou à des graisses animales (huiles de poisson, suif). Bientôt serait utilisé aux mêmes fins le sel de chrome, mais pas avant le milieu du XXème siècle.

            Les tanneries (pour les peaux de bovins) et autres mégisseries (pour les peaux d’ovins et de caprins) fleurirent en Europe aux XVIIème et XVIIIème siècles, nécessairement près des cours d’eau, car il s’agissait d’abord de nettoyer les peaux, comme d’utiliser la force hydraulique pour propulser les machines. Les peaux trempaient donc pendant deux à trois jours, étaient « dessaignées » et débarrassées de leur sel, puis étaient foulées aux pieds, étirées, passées sur un chevalet pour être encore plus assouplies, au moyen d’un couteau rond, le « boutoir » : c’était le « corroyage », pratiqué par le « drayeur ». Parallèlement, les peaux étaient « débourrées » (ou épilées) et « écharnées » (débarrassées des impuretés, mais en leur intérieur). Puis on plongeait les peaux dans des tonneaux ou des fosses, emplis progressivement de lait de chaux, durant trois à quatre semaines, avant de faire dégorger celles-ci du lait accumulé. C’était le « pelanage ». Enfin, pendant des mois, on laissait reposer les peaux dans des cuves ou des fosses gorgées de jus de tanin. Il ne restait alors plus qu’à faire sécher, mais en évitant les dangereux rayons du soleil comme l’humidité.

            En bref, si l’on peut dire, il fallait d’un à trois ans pour obtenir des cuirs ou fourrures. Ce qui faisait dire aux tanneurs que, « pour faire un bon cuir, il faut du tan et du temps ».

            A Buzet, à l’embouchure du Marignol et du Tarn, au XIXème siècle, la famille Molinier possédait les mégisseries. Et celles-ci étaient assoiffées d’eau, pour laver et tanner les peaux de moutons, agneaux et chevreaux. La « fabrique » Molinier produisait essentiellement la matière première pour confectionner des gants, mais cette production s’effectuait alors à un double détriment : celui de la rivière et celui des mains des ouvriers.

 

            L’usine faisait souffrir la rivière, en risquant de l’assécher, de surcroît en la polluant avec de l’alun, sorte de sel. Mais en ces temps fort peu écologiques, la Municipalité vit essentiellement que la mégisserie pompait plus que de raison dans les bassins et encouragea les Molinier à la modération. Ils décidèrent de passer outre, pensant être protégés par l’emploi, sur la Commune, d’une trentaine de familles. Ce qui ne serait pas le cas, l’ordre républicain étant rapidement rétabli à Buzet.

            Le fils de la famille, Charles, lui, semblait déjà habiter cette formule d’Alberoni : « L’intelligence est programmée pour la création du différent ». Véritable force de la nature et de l’imagination, il décida de parcourir le monde, dont les Etats-Unis, persuadé qu'on gagne toujours à observer les autres. Il revint en France, et particulièrement à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1878, au cours de laquelle il reçut la médaille d’or. C’est qu’il avait conçu une machine à tanner révolutionnaire, dans le sens technique et humaniste, technique puisqu’il s’agissait de la première du genre, humaniste puisqu'elle préservait les doigts des ouvriers, abîmés par « dessaignage », « corroyage », « débourrage », « écharnage » et autre « pelanage ».
 « L’intelligence ne vaut qu’au service de l’amour », écrirait plus tard Saint-Exupéry.

            Bientôt, l'usine, reprise par la famille Doumerc, puis la famille Constans, produirait une faucheuse non moins extraordinaire que la machine à tanner, invention baptisée la « faucheuse Eclair », première faucheuse mécanique. Les grands propriétaires terriens de Buzet l’adopteraient, puis les autres. L’usine continuerait de se développer, se diversifier, allant même jusqu’à produire des « chars funéraires », puis des caisses pour obus durant la Grande guerre.

            La concurrence américaine, enfin, aurait raison de l’entreprise, durant l’entre-deux-guerres.       

 

Publicités de l'époque...
Elles sont aujourd'hui encadrées dans le bureau du Maire.

            L’usine siègeait à Buzet (le bâtiment existe toujours d’ailleurs, entre les écoles et la Mairie, rue d’Albigeois) et tout Buzet, son Maire Théodore Parlange en tête, rendit hommage à Charles Molinier quand il mourut.

            Sur sa tombe, dans notre cimetière, son épitaphe dit ceci :


            « Constructeur mécanicien à Buzet.
il fut le bienfaiteur de son pays par l’essor qu’il a su inspirer au commerce et à l’industrie.
Décédé le 5 septembre 1889 à l’âge de 63 ans ».


            Scellé sur son tombeau, son buste en pierre a longtemps trôné… jusqu’à ce qu’on le dérobe. Il n’y demeure donc plus aujourd’hui qu’une pique, orpheline.