Le réveil par le rail. Et voici qu'émerge un certain Bernard LACASSAGNE

C’est pourtant de SAINT SULPICE LA POINTE que BUZET va renaître. Le 3 mars 1878, décision est prise par les Députés de construire une ligne de chemin de fer entre SAINT SULPICE LA POINTE et MONTAUBAN, qui passerait donc par BUZET. Un vent d’inquiétude balaie alors BUZET, entre autres. Les chasseurs s’insurgent : le train effraiera le gibier. Les mères de famille prennent peur pour leurs enfants, qui devront traverser la voie. Les jaloux de leur quiétude angoissent à l’idée que le village sera désenclavé par un afflux de population, population « étrangère » qui plus est (« étrangère à BUZET », évidemment!). Mais, surtout, ceux qui « bloquent » sont nombre de propriétaires terriens, forestiers ou agriculteurs, relayés par les esthètes amoureux du paysage naturel. Face aux chasseurs, mères, certains petits propriétaires et esthètes, il y a ceux qui entrevoient tout le bénéfice, ou plutôt tous les bénéfices d’une telle situation, commerçants et artisans pour l’essentiel.
En même temps que se montent les clans, la rumeur enfle dans les rues de BUZET (qui est contre et osera sortir le fusil si on s’approche de ses terres ou de ses arbres centenaires, dont certains ont été plantés à la Révolution !? Qui est pour ? Et si les élus avaient été corrompus pour accepter cela ?). Et le curé, en « chaire de vérité » de l’église SAINT MARTIN, de dénoncer ces « cancans ».
La Compagnie des Chemins de Fer du MIDI désigne un ingénieur des travaux publics nommé Bernard LACASSAGNE pour suivre le chantier, mais surtout, avant, pour négocier le rachat des terrains avec la plus grande diplomatie, flanqué du Maire de BUZET, Théodore PARLANGE. En effet, on ne peut prendre le risque, comme on l’a vu ailleurs, que les propriétaires récalcitrants aillent jusqu’à s’organiser en milices armées. Outre d’importants crédits et de solides arguments, LACASSAGNE dispose d’une certaine capacité à modifier le tracé de la ligne, en cas de blocage.
Mais la rumeur succède à la rumeur : untel n’aurait-il pas été mieux indemnisé qu’un autre ?... Et puis voici que débarquent sur les lieux du chantier ouvriers espagnols, italiens, polonais, mais aussi français, qui, sitôt le travail accompli, vont au café boire, faire du bruit, se battre même parfois. Et ils attirent les filles légères, professionnelles ou amatrices. Parallèlement, et pour d’autres, le village s’anime : on y voit du monde, on s’y amuse sur la Promenade, buvant, mangeant, discutant, riant, jouant de la musique, dansant… Grâce à cette main d’œuvre qui vient « consommer », cafetiers, hôteliers, maraîchers et autres bouchers –comme prévu- sont florissants et les impôts entrent comme jamais depuis longtemps. Théodore PARLANGE et son Conseil municipal utilisent ces « recettes » pour mieux entretenir les chemins, les fossés, les rives, rénover l’église. Les opposants de la première heure s’adoucissent, avant de se rendurcir…

La gare de BUZET, en "activités"...

Pour voir d'autres images de cette époque, vous pouvez aller à "Vieilles images de BUZET". Il suffit de cliquer.

L'affaire de la gare de BUZET. Et voici qu'émerge un certain Jean DAVID

Voici en effet que la rumeur gronde de nouveau, puis se confirme : il n’y aura pas de gare à BUZET ! Une seule station suffirait pour BESSIERES et BUZET, et ce serait une gare mitoyenne. Cette fois-ci, tout BUZET est derrière ses élus, surtout ceux qui, si la décision était maintenue, regretteraient amèrement d’avoir vendu leurs terrains… Et les élus des environs se réunissent à VILLEMUR. Parmi eux, le Maire de BUZET, PARLANGE, mais surtout un certain Jean DAVID, nouveau Député radical-socialiste, décide de faire remonter l’affaire jusqu’à l’un de ses proches, Emile COMBES, alors « jeune loup » du Parti et futur Sénateur, Ministre et Président du Conseil, qui saura parler au Président de la République, Jules GREVY…BUZET aura donc sa gare, inaugurée le 15 décembre 1884.
Vingt-et-un ans après son inauguration, en 1905, le Conseil municipal de BUZET décidera de baptiser l’avenue qui mène à la gare « Avenue JEAN DAVID ».
La ligne de transport des voyageurs sera cependant supprimée fin 1938, quand le Gouvernement la jugera « non rentable » face aux « modernes » autobus. La ligne de transports de marchandises, quant à elle, subsistera jusque dans les années 1960, disparaissant pour les mêmes raisons. En sus de « regretter « ce genre de poésie » que représentait, à ses yeux, le chemin de fer, et l’ « agrément » des voyages en train », , Marc ROUQUIÉ évoque ce jour où BUZET, fou de rage à l’annonce de la suppression de 1938, reçut, sous une « pluie de tomates », le Député de la HAUTE-GARONNE d’alors, et futur Président de la République : Vincent AURIOL.