Le comte de CLARAC est à BUZET...

Le 22 août 1771, à court d’argent, le Roi LOUIS XV vend, dispersant aux quatre vents les terres de son Domaine. BUZET est de ces biens cédés par nécessité(s). Ainsi le Comte de CLARAC acquiert-il la Châtellenie, en violation du serment fait jadis par RAYMOND VII et confirmé par tous les Rois de France depuis 1249

Planche extraite de l'ouvrage de Françoise SABATIE-CLARAC: BUZET-SUR-TARN. Des origines à la Révolution.

Un "Saigneur"...

Roger Valentin de CLARAC, ancien Colonel du Régiment du MAINE, Seigneur de ROQUESERIERE, MIREPOIX, GEMIL, BESSIERES, MONTASTRUC et MONTJOIRE, est la caricature du Noble français d’alors; c’est un Seigneur qui… saigne… à blanc la population, l’accablant de taxes, n’hésitant nullement à s’accaparer les terrains selon son « bon plaisir » et multipliant les occasions d’affirmer symboliquement son « rang ». Ainsi se fait-il construire un château moderne, un des plus beaux de la région, à 200 mètres environ à l’est de l’église, en partie sur la PROMENADE actuelle et à la limite du lieu-dit « LE PARC ». Il considérait en effet le château de RAYMOND VII trop endommagé par les guerres successives et n’hésita d’ailleurs pas à le démanteler en partie, en même temps que les remparts, pour apporter des matériaux au nouveau château. Mais, après tout, n’avait-il pas entamé son « règne » en revenant sur la plupart des anciens droits accordés à la Commune par RAYMOND VII et jamais remis en cause par quelque Roi de France que ce fût ?

L'incendie du château de CLARAC

 

La lâcheté n’étant jamais très loin de la tyrannie, CLARAC fuit à l’annonce de la Révolution, en 1789, mais il revient deux ans plus tard, en janvier 1791, croyant les choses apaisées et mûres pour faire valoir ses droits sur BUZET. Ivre de Liberté et d’Egalité, fraîchement et chaudement proclamées, la population va se révolter, cette fois-ci.

« Le 7 janvier, raconte Francis JUMIAUX, la Garde Nationale en service à BUZET intercepte deux hommes qui gardaient des chevaux. Suspects, ils sont arrêtés. Ils disent être des domestiques et avouent finalement que leurs maîtres sont le Colonel d’ESCAYRAC et le Comte de CAMINEL, son ami. Ils partaient se réfugier en ESPAGNE ». Ce sont en fait des « émigrés », nobles qui n’ont pas renoncé au combat pour renverser la Révolution.

Ayant appris que d’ESCAYRAC et CAMINEL sont chez CLARAC, le Maire de BUZET se rend chez le Comte, accompagné de 25 hommes, commandés par le Major PLANCHON. Constatant qu’on ose franchir ses murs armés, CLARAC entre dans une colère noire, va vers eux armé à son tour et, après avoir échangé quelques mots, tire. PLANCHON est touché. Il riposte. Alertés par les détonations, suivi du tocsin, les Buzétois accourent, apprennent ce qui est arrivé à PLANCHON, se déchaînent. Une bataille s’engage et CLARAC, pensant apaiser les choses en leur jetant « son or, ses bijoux, son argent », ne fait que les envenimer. Les Buzétois mettent le feu au château. Pendant la fuite, d’ESCAYRAC est tué. CLARAC et ses gens tentent de sortir par le souterrain, sans succès. On le garde un jour au château, le temps que les esprits s’apaisent.

Le 9 janvier, CLARAC est emmené à TOULOUSE, pour y être incarcéré à la prison de l’Hôtel de ville, tandis que les Buzétois rase son château. Bientôt, la Municipalité de BUZET confisquera tous ses biens. Mais l’homme a des « relations »… Acquitté, il émigre en SUISSE, puis en ITALIE. Et, là, on perd sa trace, au point d’ignorer jusqu’à la date de sa mort.

L’histoire continuera cependant : son fils, Charles de CLARAC, rentrera en FRANCE en 1814, après l’abdication de NAPOLEON et au retour de LOUIS XVIII, frère de LOUIS XVI. CHARLES X, frère des deux précédents, accordera même au fils CLARAC une « indemnité compensatrice de 136 288 Francs (pour l’incendie du château de BUZET et/ou pour préjudice moral ?) avant que l’héritier ne devienne un archéologue distingué, dirigeant les fouilles de POMPEI et Conservateur des antiques au LOUVRE.

Planche extraite de l'ouvrage de Françoise SABATIE-CLARAC: BUZET-SUR-TARN. Des origines à la Révolution.

BUZET, farouchement révolutionnaire, farouchement républicain

A la lumière de ce qui fut son sort, CLARAC fut bien inspiré de fuir BUZET et moins bien d’y revenir. Durant la Révolution, la Commune est farouchement révolutionnaire, puis républicaine, au point, par exemple, d’annexer CONQUES, en 1790, CONQUES, qui était, jusque là, un village, une « paroisse avec ses habitants, son église dédiée à Saint PIERRE et son cimetière », rappelle Marc ROUQUIE. Deux ans plus tard, la République supprimera le « Prieuré ».
La Commune est encore farouchement révolutionnaire quand elle applaudit à la décision de transformer la forêt en « Bien national ».
La Commune est farouchement républicaine quand la guerre est déclarée à la très contre-révolutionnaire parce que catholique ESPAGNE le 9 janvier 1793, BUZET décide d’y envoyer plus que le nombre de soldats demandés. Cette initiative, rare dans la jeune République, vaudra à la Commune d’être citée à la tribune de la CONVENTION, à PARIS. BUZET est aussi farouchement républicain jusque dans l’excès, qui va consister, par exemple en ces lieux, à enlever de la clef de voûte de l’église SAINT-MARTIN les armoiries des Comtes de TOULOUSE, de la comtesse JEANNE et du Comte ALPHONSE de POITIERS, son époux. Les murs et sculptures de l’église seront même martelés et sera envisagée la destruction de la chapelle NOTRE-DAME-DE-GRACE, encore empreinte de la mémoire de VINCENT de PAUL.
Mais « un certain M. Fauré, nous explique une publication du Grand séminaire d’Albi parue en 1937, en fit l’acquisition et la sauva de la ruine. Cet excellent chrétien était fils d’un vénérable vieillard, né en 1729, qui avait vu les fêtes de la canonisation de saint Vincent de Paul (16 juin 1737), et se plaisait à répéter à sa famille, comme l’affirma son petit-fils sous la foi du serment : « Un grand saint a dit sa première messe dans cette chapelle ». C’est ce « M. Fauré », Arnaud Fauré, propriétaire immédiat de NOTRE-DAME, qui plaida contre la destruction, qui avait commencé par le clocher en éventail, auprès du Vicaire général RAHOUX et auprès de la population, qui se mobilisa, en démontrant que c’était bien ici que VINCENT avait célébré sa première messe, et non point en d’autres lieux, dont la chapelle de REMOULE, à MEZENS.

La fin du pont

Déjà, en 1739, ordre avait été donné de démolir le pont de BUZET, dont « les bois » étaient « pourris par les pluies ». Plusieurs fois endommagé pour les mêmes raisons, brûlé même par des bohémiens, le pont avait survécu, « ressuscitant » à l’occasion. Mais, en ce presque milieu du XVIIIème siècle, les Etats du Languedoc constatent :
« Ce pont de bois est devenu inutile par rapport à la construction du chemin de Saint Sulpice la Pointe qui éloigne les voyageurs de la route qui conduit au dit pont ».
La nouvelle route en question est située à l’emplacement de la RN 88 d’aujourd’hui et un nouveau pont va y être érigé.
Le pont de BUZET sera détruit en plusieurs fois, entre 1739 et 1783 et seules quelques « piles » demeureront, trois « piles » qu’on peut encore observer de nos jours.

Alors un bac est aménagé pour faire passer d’une rive du TARN à l’autre « charrettes », « gens à pied et à cheval », « bétail gros et menus ». La chronique et la tradition orale rapportent les nombreux naufrages en ces occasions. La symbolique est forte : privé de l’activité économique qui a longtemps fait sa fortune, son dynamisme, BUZET sombre peu à peu dans une douce torpeur. Seuls quelques bateaux de plaisance viendront, de temps en temps, animer les rives, surtout quand certains d’entre eux laisseront échapper quelque musique jouée sur leur pont ou à l’intérieur. Il est bien loin le temps où –c’était en 1650- les Consuls de BUZET avaient fait couper un rocher qui gênait le passage des bateaux, chargés de graviers, céréales, vins, animaux, habitants !

En 1842, Léon BUSQUET et Guillaume GASQUET, deux entrepreneurs d'AGEN, décident de réagir et font construire un pont suspendu, en les lieux même de l'actuel pont. Le pont du XIXème siècle sera baptisé "Pont SEGUIN": il n'a jamais été très solide, mais les inondations de 1930 vont le rendre dangereux aux véhicules, sans pour autant l'avoir brisé. Un nouveau pont sera inauguré, en 1957, mais c’est une autre histoire…

Les restes du vieux pont, appelés "piles"...