Les armoiries du Comté de TOULOUSE;

RAYMOND VII veut une « BASTIDE » à BUZET

  Le mystère s’éclaircit une fois passé l’an Mille. Plusieurs fois brûlé et parfois rasé depuis 814 (date d’une hypothétique fondation), le village fut enfin rebâti au XIème siècle, « période pendant laquelle on parle déjà du prieuré de CONQUES », siège de moines bénédictins.

« Rebâti » est un terme choisi : en effet, c’est en ce Moyen-Age que les lieux deviennent une « Bastide », une place fortifiée parce qu’endroit stratégique (« Bastida » en latin, en occitan, ou… « Bastia » en Corse).

Planche extraite de l'ouvrage de Françoise SABATIE-CLARAC: BUZET-SUR-TARN. Des origines à la Révolution.

Le pont, le château-fort, la tour de guet de BUZET...

 

Pourquoi ? BUZET, alors, possède un pont sur le TARN (« pon de THAR » en celte), construit au XI ème siècle d'après la cartulaire de St Sernin. Il s'agit d'un point stratégique essentiel, car, à cette époque, c'est le seul pont sur le Tarn avec ceux d'Albi et de Montauban, et il permet de relier l'Albigeois et le Toulousain. Le puissant seigneur de Toulouse Raymond VII, vaincu lors de la croisade des Albigeois doit de nouveau asseoir son autorité dans son comté.

Il choisit donc Buzet pour créer un Bourg Castral, dans une enceinte fortifiée. La vocation militaire et défensive est indéniable. Il s'agissait de surveiller le pont ! (une bastide étant une ville neuve construite au XIII è siècle par le comte, parfois fortifiée, aménager son territoire afin de faire face à l'augmentation démographique de cette époque).

Le terrain est acheté à un certain PILFORT de Rabastens en 1235. Bientôt vont dominer le château fort (Castel Viel) et la tour de guet auquel sera adossée l'église (elle deviendra la base du clocher construit au XVI è siècle).

Les souterrains qui serpentent sous le bourg ont servi de carrière pour retirer les matériaux de construction du château et de l'église mais aussi de refuge pour les buzétois.

 

Planche extraite de l'ouvrage de Françoise SABATIE-CLARAC: BUZET-SUR-TARN. Des origines à la Révolution.

Une généreuse « charte de coutumes » pour BUZET. Jardins, vignes (« vins de BUZET », éh !oui !), chasse, pêche, pigeonniers, bois, artisans, marché...

  A l’occasion, d’ailleurs, de cette convergence d’intérêts, le Comte se montre particulièrement généreux. Il veut vraiment attirer les « gens ». Le 13 août 1241, signe-t-il en effet une « charte de coutumes », ratifiée par le Roi CHARLES VII en mars 1248, charte dans laquelle il concède aux Buzétois toute une série de droits rarement accordés à quelque Cité en FRANCE .

Ainsi octroie-t-il des terres aux habitants présents et à venir, pour y cultiver blé, froment, seigle, avoine, orge, millet, lin, chanvre, plus tard viendront maïs, tournesol, soja, sorgho, luzerne ou trèfle. Bientôt, moulins à vent, dès ce XIIIème siècle, puis à eau (ou « moulines »), dès le XVIIème siècle, doperont la production buzétoise de farines, de pain donc, sur les rives du MARIGNOL, par exemple, avec « La moulinou dé CASSAGNOU » ou celle de la famille BOUYSSOU et du « père BERTRAND » ..

Il s’agit encore de « mettre en jardins,.. planter en vignes ».

Les jardins produisent haricots, fèves, pois chiche, salades, courgettes, courges, aubergines, pêches, abricots, pommes, poires, fraises, melons, tomates, noix, châtaignes, et puis surtout les petits pois, qui deviendront une spécialité de BUZET, reconnue en son temps, ainsi que les prunes, d’abord « la Royale, ou « prune de JERUSALEM », puis Reine-CLAUDE, Boulens, prune d’AGEN, quetsche.

Les vignes, quant à elles, sont sises sur les coteaux, au terrain quartzeux et siliceux, et donneront de bons crus jusqu’au XIXème siècle ; un temps, donc, le « vin de BUZET » a bien existé, ici !

Le Seigneur autorise encore chasse et pêche, y compris « chasse » aux cèpes, girolles, pleurotes, droit de pâture, car BUZET va devenir un haut lieu d’élevage, de vaches, porcs, oies, canards, dindons, poules, et même pigeons.

« Très répandus dans la Commune, explique Francis JUMIAUX, les pigeonniers jouaient un rôle essentiel dans l’économie ancienne, non point tant pour l’élevage des pigeons que pour l’approvisionnement en colombine, engrais naturel formé par leurs déjections et utilisé en particulier pour les cultures des haricots, une des bases de l’alimentation locale.

La colombine était rassemblée en bas du colombier grâce à un conduit de bois par lequel elle pouvait être poussée depuis l’étage où logeait les pigeons. Sur certains pigeonniers, on attirait les pigeons grâce à des épis de poterie vernissée figurant leur aspect.

La protection contre les rats, de l’étage où logeaient les pigeons, était assurée par une corniche et une ligne de carreaux de faïence sur lesquels ils ne pouvaient s’agripper ».

L’usage du bois est aussi autorisé, en ces endroits om pullulent chênes, châtaigniers, néfliers, peupliers, cornouillers, ormes, charmes, robiniers, marronniers, noyers, figuiers, cerisiers, mûriers, alisiers, aubépines. Les corvées sont remplacées par des sommes d’argent et les nouveaux arrivants en sont exonérés la première année de résidence. En plus de ces séductions, bouchers, boulangers, cordonniers, forgerons et autres artisans sont invités à BUZET par la création d’un marché, exempt de toutes surveillances. Une amende, encore, punit quiconque n’aura pas répondu à ses créanciers dans les quinze jours d’une plainte. Ainsi, tout semble réglementé et puni, du simple coup de poing au meurtre, en passant par la vente de viande avariée, le vol de raisins, l’introduction de nuit dans la maison de quelqu’un ou … l’adultère (qui vaut une amende ou une « fustigation publique »).

La première page de la Charte de BUZET.

BUZET « Châtellenie », BUZET « Jugerie »...

Si, donc, BUZET s’affirme stratégiquement, politiquement, socialement, BUZET s’installe aussi juridiquement, évidemment. En ces temps « dynamiques », BUZET devient une « Châtellenie » et une « Jugerie ».

La Châtellenie de BUZET, territoire du « maître du château », plus petit découpage administratif du Royaume, comprend BAZUS, BOULOC, GARIDECH, GARRIGUES, GEMIL, LUGAN, MONTASTRUC, MONTJOIRE, PAULHAC, ROQUESERIERE et SENIL

BUZET est aussi siège de la Jugerie de VILLELONGUE, l’une des six juridictions de TOULOUSE et ses environs (la « sénéchaussée de TOULOUSE), les cinq autres étant PUYLAURENS, VILLEMUR, LAVAUR, CASTELSARRASIN et MONTECH. BUZET a-t-il ainsi sous sa dépendance AZAS, BAGNES, ACQUIERS, BONLIEU, BESSIERES, BOULOC, CASTELNAU D’ESTRETEFONDS, CEPET, FRONTON, GARIDECH, GARRIGUES, GARGAS, GEMIL, GRISOLLES, LABASTIDE, LA ROQUETTE, LA SOLADE, LUGAN, MONTASTRUC, MONTJOIRE, ORGUEIL, ONDE, PAULHAC, POMPIGNAN, ROQUEMAURE, ROQUESERIERE, SAINT JORY, SAINT RUSTICE, SAINT SULPICE, SAINT URCISSE, VILLARIES, VILLEMUR LES BOULOC, , , , ,.

Un monastère et une église à BUZET...

 

Et là où l’on se met sous la protection du Seigneur temporel, on se met aussi sous la protection du Seigneur spirituel : à la même période, un monastère est construit, à CONQUES, et une église, bientôt dédiée à Saint Pierre.

Derrière les bois qui dominent la rive droite du TARN au nord de BUZET, sur les hauts coteaux de GRAZAC, entre RABASTENS et SAINT-SULPICE, des moines bénédictins se mettent en tête de cultiver la colline, escarpée, pleine de ronces et de bruyères. C’est, selon eux, l’endroit idéal pour prouver que l’homme est plus fort que la Nature. Mais, comme ils craignent d’être trop absorbés par leur dur labeur, ils décident d’ériger un sanctuaire dont le clocher rustique les rappellerait à l’ordre de la prière. Ce sanctuaire est dédié à MARIE et prend le nom de NOTRE-DAME-DE-GRACE, désormais dépendance d’un monastère, « annexe du prieuré de CONQUES ».

La légende rapporte que les moines, apprenant la capture de FRANCOIS 1er à PAVIE, en 1525, auraient vendu le monastère pour aider à payer la rançon. Et ce serait de cette vente que daterait la construction du château actuel, décidée par les nouveaux acquéreurs. Mais ceux-ci auraient été bons princes, conservant la chapelle, qui allait longtemps servir d’église centrale aux villages environnants.

 

Pour en savoir plus sur l’église de BUZET, cliquez.

La mort de RAYMOND VII, le « saisimentum », l'arrivée d'ALPHONSE DE POITIERS, « Frère du Roy », et un nouveau mystère, celui de son « trésor »...

En 1249, quand meurt sans héritier mâle RAYMOND VII, et comme le veut le Droit d’alors, BUZET et toutes ses possessions passent à la Couronne de France. C’est le « saisimentum », ou la « saisie ». 

BUZET tombe précisément entre les mains d’ALPHONSE de POITIERS, « frère du Roy » LOUIS IX. Et c’est tout naturellement BUZET que celui-ci choisit, en 1271, pour cacher son « trésor », quand il part pour la huitième Croisade, en compagnie de sa femme, JEANNE. Ils n’en reviendront jamais, comme LOUIS IX d’ailleurs, mort de la peste à TUNIS. Dès l’annonce de la mort d’ALPHONSE, le Roi PHILIPPE III le hardi fait prêter serment à GUILLAUME de BESIAC afin de l’installer au château de BUZET avec pour mission de trouver le « trésor ». A partir de là, vont courir les spéculations les plus folles sur ce « trésor », jamais retrouvé et qui ressurgira, régulièrement et encore aujourd’hui, dans les conversations des Buzétois.

La guerre de Cent ans est à BUZET. Entre défaites, victoires et brigandages...

Tombée dans le Domaine royal, BUZET voit confirmés tous ses privilèges. Mais le ciel de l’histoire va bientôt et de nouveau s’assombrir…

Si le pont de BUZET lui a permis de s’affirmer comme la place forte des environs, cette construction est aussi source de toutes les convoitises, qui s’exacerbent durant les guerres, et particulièrement celle de Cent ans. Ce conflit, qui durera, en réalité, cent seize années, oppose Français et Anglais entre 1337 et 1453.

En 1340, le Sénéchal Pierre de LA PALLU séjourne à BUZET, puis le duc de NORMANDIE, Roi d’ANGLETERRE, du 29 août au 1er septembre 1344, en pleine offensive anglaise qui permettra l’occupation du tiers de la France. Et c’est la reconquête. BUZET est « visité » par les Français avant d’être repris: s’y rend le Comte Jean de POITOU, fils du Roi JEAN II le bon, en 1358, 1359 et 1360.

En ces temps d’intense confusion, certains cherchent à en profiter. A la fin du XIVème siècle, le LANGUEDOC oriental est victime de la révolte des TUCHINS, ou TOUCHINS, sorte de « jacquerie », ou insurrection de paysans et artisans contre la pression fiscale occasionnée par le Guerre, insurrection à laquelle se mêlent cependant brigands et pillards. Deux de leurs chefs, COPE et CESERON, assiègent BUZET en 1382.

La confusion des sentiments atteint son comble quand, en 1385, le château de BUZET est vendu aux Anglais « par trahison », affirme Francis Jumiaux sans plus de précisions.

En 1418, presque tout le LANGUEDOC tombe aux mains des BOURGUIGNONS, Français alliés aux Anglais, sauf PEZENAS, CABRIERES, GIROUSSENS, PUYCELCI, MEZENS … et BUZET. Jean de BONNAY, Sénéchal de TOULOUSE, s’installe alors au château de BUZET, pour y préparer la visite du Dauphin, futur CHARLES VII, qui viendra s’assurer de la fidélité de la place buzétoise en 1420. A cette époque, le Dauphin est victime de son père, CHARLES VI, fou et qui l’a déshérité. Mais bientôt, et grâce à JEANNE D’ARC, il se fera sacré à REIMS et mettra fin à la Guerre par une victoire.

Mais avant cette fin, les brigandages vont continuer. En 1439, RODRIGUE de VILLANDRANDO, chef des « Ecorcheurs », ces mercenaires employés par la France, puis « remerciés », avant d’être réintégrés, vivant de pillages, prend la place de BUZET et ne consent à l’évacuer que contre une rançon de « 3000 écus or ». En 1444, encore, BUZET est mis à sac par les hommes de COELINI, capitaine de LA REOLE.

L'or, et de nouveau le sang... L'affaire JEANNE D'ARMAGNAC

LOUIS XI.

 

La guerre est finie. On peut donc de nouveau penser au commerce. En 1463, permission est donnée à BUZET de tenir deux, puis trois foires par an, le premier jour après Pâques et le jour de la Sainte CATHERINE, et un marché le mercredi. Si l’or coule de nouveau, le sang aussi de nouveau.

En 1473, LOUIS XI, fils et successeur de CHARLES VII, décide qu’une prison d’Etat sera instituée à BUZET, la mesure va bientôt prendre des contours dramatiques. En effet, LOUIS XI a un ennemi redoutable : JEAN V, Comte d’ARMAGNAC. JEAN a fait partie de la Ligue du Bien public, rassemblement de nobles mécontents de l’accroissement des pouvoirs du Roi, qui a même pris les armes contre lui. Après l’échec de l’entreprise, JEAN a persévéré, complotant avec les Anglais. En guise de représailles, LOUIS XI a confisqué ses terres d’ARMAGNAC et de ROUERGUE, avant, finalement, de faire assassiner ce rival pour trahison : la scène macabre a lieu dans le lit nuptial et l’épouse assiste au drame, « scène infâme que l’histoire voile en rougissant des deux mains » Ayant fait enlever JEANNE, la désormais veuve du Comte et le fils de ceux-ci, le Roi ordonne qu’on les enferme à BUZET. On découvre bientôt que JEANNE est enceinte. LOUIS XI ne veut pas d’héritier, qui pourrait venger son père, poursuivre le combat : le Seigneur de CASTELNAU DE BRETENOUX, chef de la place, à moins qu’il ne s’agisse du cardinal JOUFFROY, Evêque d’ALBI, ou des deux, commande(nt) alors quelque « breuvage » à un apothicaire. L’avortement prévu devient un double crime en deux jours.

« Et bien longtemps après, en pratiquant des fouilles dans les ruines de l'ancien château de BUZET-SUR-TARN qui avait été incendié pendant la Révolution, un tombeau, soigneusement fermé, fut découvert à l'intérieur et dans le creux d'un mur. Il renfermait les ossements du corps d'un tout petit enfant et le squelette d'une femme presque réduit en cendres.

« Etait-ce celui de la comtesse Jeanne ? », ainsi que de son enfant, s’interroge Françoise SABATIE-CLARAC.